Philippe DEROP : « La Vaillante est un club où chacun peut trouver sa place. »
Des premiers titres nationaux au développement du Sport Santé et de l’inclusion, La Vaillante Haltérophilie – Saint-Quentin a su évoluer tout en restant fidèle à son identité. Philippe DEROP, son président depuis 30 ans, nous raconte les grandes étapes d’un club où performance, passion et transmission avancent ensemble.
Philippe, pouvez-vous nous raconter l’histoire de La Vaillante Haltérophilie – Saint-Quentin et nous présenter le club aujourd’hui ?
L’histoire de La Vaillante Haltérophilie est avant tout une histoire de passion, de résultats sportifs et de transmission. Le club a été créé dans les années 1960 et a rapidement obtenu de très bons résultats, avec notamment plusieurs titres de champions de France. En 1970, la section haltérophilie a rejoint un groupe d’associations qui a pris le nom de « La Vaillante », aux côtés de la gymnastique et des majorettes. Grâce à ses résultats, le club a ensuite intégré le Palais des Sports Pierre Ratte de Saint-Quentin, où nous sommes toujours présents aujourd’hui.
Le 1er janvier 1993, le club a pris son indépendance sous la présidence de M. Jean-Marie MORA. Aujourd’hui, La Vaillante est un club qui a beaucoup évolué. Nous sommes bien sûr toujours profondément attachés à l’haltérophilie et à la musculation, mais nous avons également développé le cardio, le fitness, le Pilates, la Zumba, le cardio-boxing, le Sport Santé, l’École du Dos, ainsi que des actions autour du handicap et de l’inclusion.
Notre objectif est simple : permettre à chacun, quel que soit son âge, son niveau ou son objectif, de trouver sa place dans notre association, de la découverte à la performance, en passant par la santé, le bien-être et le plaisir de pratiquer ensemble.
Salle d’haltérophilie – musculation du club de La Vaillante Haltérophilie – Saint-Quentin (Crédit photo : La Vaillante Haltérophilie – Saint-Quentin)
Vous êtes également président du club depuis de nombreuses années. Avec le recul, comment décririez-vous l’évolution de votre place au sein de la structure ?
Mon parcours au sein de La Vaillante est assez particulier puisque j’ai pratiquement grandi avec le club. Je suis arrivé en septembre 1976, à l’âge de 15 ans, après avoir découvert l’haltérophilie à travers les Jeux Olympiques de Montréal et notamment la médaille de Daniel SENET. Mes parents tenaient un café qui était le siège de l’Olympique Saint-Quentinois de football. Mon père souhaitait naturellement que je fasse du football, mais ce sport ne me plaisait pas. Je me suis donc tourné vers l’haltérophilie et je ne l’ai plus quittée.
J’ai été champion de France cadet en 1978 et 1979, international cadet et j’ai participé à plusieurs stages et compétitions internationales avec les Equipes de France cadet et junior. Puis mon entraîneur de l’époque, Philippe Fontaine, qui était également devenu mon beau-frère, a pris sa retraite sportive. J’ai alors naturellement pris le relais comme entraîneur du club.
En avril 1996, le président souhaitant prendre du recul, j’ai accepté de lui succéder à la présidence, tandis qu’il devenait trésorier. Depuis, mon rôle a beaucoup évolué : sportif, entraîneur, arbitre national, président, gestionnaire, recruteur et développeur du club. Mais au fond, je suis toujours resté un passionné qui veut faire avancer son association.
Pourquoi avoir accepté de prendre les rênes du club ?
Lorsque j’ai pris la présidence en 1996, le club comptait environ 50 licenciés. Je connaissais parfaitement son fonctionnement et surtout je savais ce qu’il pouvait devenir. J’ai accepté parce que je ne voulais pas simplement gérer le club : je voulais le faire évoluer. J’ai commencé à moderniser les équipements, notamment avec le développement du cardio, puis nous avons progressivement élargi notre offre.
Nous sommes arrivés à près de 300 licenciés. J’ai également voulu professionnaliser le fonctionnement en recrutant des salariés et en développant de nouvelles activités. J’ai notamment fait le choix, à une époque où l’haltérophilie était encore très masculine, de recruter Alexandra BESSE afin de développer le sport féminin. Une équipe féminine a ainsi été créée et a atteint le Top 9 français pendant plusieurs années.
J’ai ensuite recruté ma fille, Aurélie, qui m’a accompagné pendant dix ans sur la partie administrative et le développement du club. Elle a parfaitement rempli sa mission et c’est une grande fierté pour moi de la voir aujourd’hui évoluer professionnellement et être responsable du Palais des Sports avec une équipe sous sa responsabilité. Prendre la présidence, c’était donc accepter une responsabilité, mais surtout relever un défi : faire grandir La Vaillante sans perdre son identité.
Quels ont été les moments les plus marquants de l’histoire du club ?
Il y en a beaucoup, et certains sont très personnels. Je citerais d’abord les nombreux titres de champions de France obtenus par le club dans son histoire et, plus récemment, les titres de champions de France minimes d’Inès et Isaac. Voir des jeunes que nous avons accompagnés progresser jusqu’au plus haut niveau est une immense satisfaction.
L’organisation du Grand Prix fédéral en 2012 a également été un moment important pour le club. C’était une belle reconnaissance de notre capacité à organiser un événement de niveau national. L’arrivée de nos premiers salariés et les résultats obtenus grâce à eux, notamment dans le développement de l’haltérophilie féminine, ont également marqué une étape importante.
Je retiens aussi toutes les actions qui nous ont permis de nous faire connaître dans le Saint-Quentinois : le développement du Sport Santé, du fitness et de la Zumba, les partenariats avec les clubs sportifs locaux, notamment le SQBB et le volley-ball, les centres sociaux et les différentes actions portées avec la Ville.
Et puis il y a les moments plus difficiles, notamment la période du Covid-19. Nous étions à plus de 300 licenciés et nous sommes redescendus autour de 100. Avec la concurrence croissante des salles privées, la baisse des budgets de certains partenaires et les difficultés de recrutement, il a fallu se battre pour repartir. Le fait d’être toujours là aujourd’hui est aussi, en soi, un moment fort de notre histoire.
Qu’est-ce qui, selon vous, a permis à La Vaillante de traverser les générations et de perdurer dans le temps ?
Je pense que la première raison, c’est notre capacité à nous adapter sans renier nos fondamentaux. Un club qui veut durer doit savoir évoluer avec son époque. Nous sommes restés fidèles à l’haltérophilie et à la musculation, mais nous avons compris qu’il fallait aussi répondre aux nouvelles attentes du public : santé, remise en forme, fitness, bien-être, sport féminin, inclusion et accompagnement des différents publics.
La deuxième raison, c’est l’humain. Rien n’est possible sans les salariés, les entraîneurs, les bénévoles, les dirigeants et tous ceux qui donnent de leur temps. Je tiens d’ailleurs à remercier sincèrement toutes les personnes qui ont contribué à faire vivre La Vaillante au fil des années.
Licenciées de La Vaillante Haltérophilie – Saint-Quentin (Crédit photo : La Vaillante Haltérophilie – Saint-Quentin)
Je veux également souligner le soutien de la Ville de Saint-Quentin, qui nous accompagne et nous fait confiance depuis toutes ces années. C’est grâce à cet engagement, au travail de nos salariés et de nos bénévoles, et à la confiance de nos adhérents que nous pouvons continuer à avancer.
Enfin, je crois beaucoup à la transmission. J’ai moi-même été formé dans ce club et j’ai ensuite formé à mon tour. Voir les générations se succéder et parfois revenir transmettre à leur tour, c’est l’une des plus belles forces d’une association.
De quoi êtes-vous le plus fier lorsque vous regardez votre parcours et celui du club ?
Ma plus grande fierté est probablement d’avoir consacré 50 années de ma vie au même club et d’en être président depuis 30 ans. Mais je ne veux pas résumer cette fierté à une durée. Je suis surtout fier du chemin parcouru. Lorsque j’ai pris la présidence, nous étions environ 50 licenciés. Nous avons connu une période à près de 300 licenciés, développé de nombreuses activités, créé une équipe féminine qui a obtenu de très bons résultats, formé des jeunes champions, organisé des compétitions nationales et construit progressivement un club reconnu localement.
Je suis également fier d’avoir contribué à ouvrir l’haltérophilie et la musculation à des publics beaucoup plus larges. Aujourd’hui, une personne peut venir chez nous pour préparer une compétition, mais aussi pour améliorer sa santé, reprendre une activité physique, pratiquer du Pilates, du fitness ou simplement retrouver le plaisir de bouger.
Et sur le plan personnel, je suis particulièrement fier d’avoir pu travailler aux côtés de ma fille pendant dix ans. La voir réussir aujourd’hui est une très belle récompense. Enfin, je suis fier que La Vaillante soit aujourd’hui connue et reconnue localement et qu’elle porte des valeurs qui vont bien au-delà de la seule performance sportive.
Au fil des années, comment avez-vous vu évoluer la place de l’haltérophilie et de la musculation, aussi bien au sein des clubs qu’auprès du grand public ?
Lorsque j’ai commencé en 1976, l’haltérophilie était encore un sport très confidentiel et très masculin. Elle était surtout associée à la compétition et à la recherche de performance. Aujourd’hui, la perception a beaucoup changé. La musculation et le travail avec les charges sont devenus de véritables outils de santé, de prévention, de préparation physique et de bien-être.
L’haltérophilie elle-même a énormément à apporter : elle développe la force, la coordination, la mobilité, la confiance en soi et la maîtrise du corps. Elle peut être pratiquée par les jeunes, les adultes, les seniors et dans différents objectifs. Je pense que notre rôle de club est justement de montrer cette diversité. Nous pouvons accompagner un jeune vers la compétition, une personne vers une meilleure condition physique, un senior dans une démarche de santé ou encore une personne en situation de handicap dans un parcours adapté. C’est cette ouverture qui, à mon sens, permet aujourd’hui à l’haltérophilie et à la musculation de toucher un public beaucoup plus large qu’autrefois.
Votre club a aujourd’hui une particularité remarquable : il est le seul club FFHM à détenir les quatre labels École d’Haltéro, Coaching Musculation, Haltéro-Muscu Santé et Handicap Inclusion. Qu’est-ce que cette reconnaissance représente pour vous ?
Ces quatre labels représentent beaucoup pour moi parce qu’ils correspondent exactement à ce que nous voulons être. L’École d’Haltérophilie représente la transmission, la formation et l’accompagnement des jeunes vers la pratique et, pour ceux qui le souhaitent, vers la compétition. Le label Coaching Musculation traduit notre volonté d’accompagner chacun de manière sérieuse et encadrée dans sa pratique. Le label Haltéro-Muscu Santé est particulièrement important parce qu’il montre que notre discipline peut être un véritable outil de prévention, de remise en forme et de santé. Enfin, le label Handicap Inclusion correspond à notre volonté de permettre à chacun de pratiquer, même si notre salle actuelle n’est malheureusement pas accessible à tous les publics. Nous travaillons notamment avec la Ville pour continuer à développer cette démarche.
Ces quatre labels sont donc une reconnaissance fédérale, mais surtout la traduction concrète du travail réalisé depuis des années par nos équipes. Ils montrent qu’un club d’haltérophilie peut être à la fois un club de performance, de santé, de loisir et d’inclusion.
Quels sont vos projets et vos ambitions pour les prochaines saisons ?
Ma priorité aujourd’hui est la pérennité de La Vaillante. À 65 ans, après 50 années de présence au club et 30 années de présidence, j’ai connu récemment une période de fatigue et je me suis même posé la question de quitter mes fonctions. Mais je ne voulais pas laisser l’association sans pilote. J’ai donc fait le choix de reconstruire et de préparer l’avenir. J’ai recruté de nouvelles personnes, avec notamment un coach principal expérimenté, et nous avons retrouvé une nouvelle dynamique. Cela m’a permis de retrouver du plaisir et de nouvelles idées. Le changement peut parfois être difficile, mais il peut aussi être une formidable occasion de repartir sur de nouvelles bases.
Nous voulons continuer à développer le Pilates, le Sport Santé, le cardio-boxing, la Zumba, le fitness, l’École du Dos, avec notamment des interventions dans les écoles primaires, ainsi que le sport handicap et le sport inclusion. Nous voulons également continuer à développer l’haltérophilie, la musculation et la formation de nos jeunes. Nous disposons aujourd’hui des équipements nécessaires pour l’haltérophilie, la musculation, le cardio, le fitness, le Sport Santé et les activités d’inclusion. L’objectif est donc de continuer à construire un club solide, dynamique et capable de répondre aux attentes des prochaines générations. Et surtout, je souhaite laisser un club en bonne santé à mon éventuel successeur. Pour moi, c’est aujourd’hui l’un des objectifs les plus importants.
Pour conclure, qu’est-ce qui fait de La Vaillante un club à part pour découvrir et pratiquer l’haltérophilie et la musculation ?
Je dirais simplement que La Vaillante est un club où chacun peut trouver sa place. On peut pousser notre porte à 10 ans, à 20 ans, à 50 ans ou plus, être débutant ou compétiteur, venir pour la performance, la santé, la remise en forme ou simplement pour se sentir mieux. Nous avons une histoire sportive importante, mais nous ne vivons pas dans le passé. Nous avons toujours cherché à évoluer et à répondre aux besoins de notre territoire.
Ce qui fait notre différence, c’est aussi notre dimension humaine. Derrière les équipements, les cours et les labels, il y a des femmes et des hommes qui s’investissent pour les autres. Après 50 ans dans ce club, je reste convaincu que le sport associatif a encore un rôle essentiel à jouer. Mon ambition est que La Vaillante continue à être un club reconnu, accessible, dynamique et humain.
Et si je devais donner un seul conseil à quelqu’un qui hésite à venir nous voir : poussez la porte, essayez. Vous serez accueillis comme vous êtes, et nous chercherons simplement à vous aider à progresser. C’est finalement cela, La Vaillante : une histoire qui dure, mais surtout une histoire qui continue à s’écrire.


