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Vie fédérale

Elisa GAULT (Sport Scientist de la FFHM) : « Recueillir aussi souvent que possible l’avis des athlètes et des entraîneurs »

À la croisée de la science et de la performance, Elisa GAULT, Sport Scientist de la FFHM, accompagne au quotidien les haltérophiles de haut niveau au sein de l’INSEP. Grâce à son expertise, elle accompagne les entraîneurs et les athlètes dans l’amélioration des méthodes d’entraînement et la compréhension des leviers de performance. Entre suivi des athlètes, analyses de données et travaux de recherche, elle joue un rôle essentiel dans le rapprochement entre les connaissances scientifiques et les réalités du terrain.

Elisa, peux-tu te présenter et nous expliquer ton rôle de sport scientist auprès de la FFHM ?

Je m’appelle Elisa GAULT. Après une licence STAPS mention Entraînement Sportif à Poitiers, j’ai poursuivi avec un master STAPS à l’INSEP dans le même domaine, en me spécialisant dans l’accompagnement scientifique de la performance. En master 1, j’ai réalisé un stage d’un an au sein du pôle France d’haltérophilie de l’INSEP. À l’issue de ce stage, j’ai eu l’opportunité de poursuivre mes missions en tant que Sport Scientist auprès de la Fédération Française d’Haltérophilie – Musculation pendant environ deux ans. Depuis le 1er mai 2026, je suis doctorante dans le cadre d’une thèse CIFRE menée en partenariat entre la FFHM et le laboratoire Sport, Expertise et Performance (SEP) de l’INSEP. En parallèle de mes travaux de recherche, je continue d’assurer des missions de Sport Scientist au sein de la Fédération.

Tes missions sont menées au sein de l’INSEP. En quoi consiste ton quotidien auprès des haltérophiles de haut niveau ?

Au quotidien, je récupère chaque matin les données liées à l’état de forme des athlètes, qu’ils renseignent quotidiennement sur une application, puis je les transmets aux entraîneurs afin qu’ils puissent adapter au mieux l’entraînement. Chaque semaine, je mets également à jour leur programmation sur cette application pour qu’ils puissent remplir leurs séances d’entraînement et que nous puissions suivre leurs performances. À partir de ces données, je réalise des bilans hebdomadaires et mensuels sur la charge d’entraînement et l’état de forme des athlètes. Je veille aussi quotidiennement à la qualité des données recueillies : vérifier qu’il n’y a pas d’erreurs, que chacun complète bien les informations demandées et que les données correspondent à nos attentes.

J’accompagne également les entraîneurs et les athlètes dans l’utilisation de différents outils de suivi de la performance, l’utilisation d’encodeurs linéaires qui permettent de mesurer la vitesse de barre, le développement d’applications pour suivre les performances de nos athlètes, mais aussi celles de leurs concurrents, pour préparer au mieux les stratégies en compétition internationale par exemple, comparer des trajectoires de performances entre athlètes, etc.

Je passe une grande partie de mon temps dans la salle d’entraînement avec eux, même si, en réalité, beaucoup de mes missions se déroulent derrière un ordinateur. Je trouve néanmoins essentiel d’être présente sur le terrain, car cela me permet de mieux comprendre leur entraînement, leur état de forme et leurs performances, et ainsi d’améliorer la qualité de mes analyses au quotidien.

 

Collectif INSEP 2025-2026 (Crédit photo : FFHM)

 

Peux-tu nous décrire une semaine type dans ton activité professionnelle ?

Sur une semaine type, je consacre généralement mon lundi matin à la réalisation des bilans hebdomadaires et à la mise à disposition de la programmation de la semaine pour les athlètes. C’est aussi un moment important pour faire le point sur les données recueillies la semaine précédente et préparer le suivi à venir.

Ensuite, je partage mes journées entre le pôle France d’haltérophilie et le laboratoire de recherche. Ça me permet de passer une partie de mon temps avec les athlètes et les entraîneurs, échanger avec eux, observer les séances d’entraînement et mieux comprendre les problématiques de terrain, et l’autre partie de mon temps est consacrée à mes activités de recherche au laboratoire, où je peux échanger avec mes collègues sur différents projets scientifiques, protocoles de recherche, analyse de données et sur les différentes questions liées à la performance sportive.

Cet équilibre entre le terrain et la recherche est particulièrement intéressant, car il me permet de faire le lien entre les problématiques rencontrées au quotidien par les entraîneurs et les athlètes et les travaux scientifiques que nous menons.

As-tu déjà vécu une situation où les échanges avec un sportif ont fait évoluer ta réflexion ou tes analyses ?

Oui ! J’accorde beaucoup d’importance à l’avis des athlètes, car ce sont les premiers concernés par les outils et les suivis que nous mettons en place. Je trouve donc essentiel d’échanger régulièrement avec eux pour comprendre leurs besoins et leurs ressentis. Il est déjà arrivé que certains athlètes proposent des ajustements, notamment concernant le questionnaire d’état de forme ou les outils de quantification de la charge d’entraînement. Comme ce sont eux qui les utilisent au quotidien, leur retour d’expérience est particulièrement précieux.

J’essaie d’ailleurs de recueillir aussi souvent que possible l’avis des athlètes et des entraîneurs. L’objectif est que les outils que nous développons soient non seulement valides d’un point de vue scientifique, mais également simples, pertinents et utilisables sur le terrain au quotidien.

 

David MATAM, Steven GRAILLOT et Luca BARDIS, entraîneurs nationaux de l’INSEP (Crédit photo : FFHM)

 

Qu’est-ce qui t’impressionne le plus chez les athlètes que tu accompagnes ?

Ce qui m’impressionne le plus chez les athlètes que j’accompagne, c’est leur capacité à gérer la pression, notamment lorsqu’ils sont confrontés à l’échec. Que ce soit à l’entraînement ou en compétition, ils parviennent souvent à rebondir rapidement et à rester concentrés sur leurs objectifs. Bien sûr, cela dépend des individus, mais je trouve que la gestion de la pression est l’un des plus grands défis du sport de haut niveau. C’est une qualité que j’admire particulièrement chez eux.

Ta thèse portera sur l’utilisation des paramètres cinématiques du mouvement de barre en haltérophilie pour optimiser la performance et l’entraînement. Quel est l’objectif principal de ce travail de recherche ?

Le premier objectif est de développer et de vérifier la fiabilité d’un système d’analyse vidéo simple d’utilisation et personnalisable pour l’haltérophilie. Une fois cet outil validé, nous cherchons à identifier quels paramètres cinématiques du mouvement de barre sont les plus pertinents pour analyser la performance. C’est une question que je trouve plus complexe qu’elle y paraît, car il existe peu de consensus dans la littérature et les athlètes présentent des profils très différents, que ce soit en termes de morphologie, de catégorie de poids, de niveau technique ou encore de points forts. Nous souhaitons également évaluer l’impact réel de l’utilisation de l’analyse vidéo sur la performance. Cela semble être une question simple, mais aucune étude n’a encore quantifié cet effet en haltérophilie.

Enfin, nous espérons utiliser cet outil pour améliorer le suivi de l’état de forme et la quantification de la charge d’entraînement, notamment grâce à des indicateurs comme la vitesse de barre (Banyard et al., 2017 ; Pérez-Castilla et al., 2021 ; Weakley et al., 2021) ou le travail mécanique (McBride et al., 2009 ; Marston et al., 2017). Ces approches ont déjà été étudiées dans d’autres disciplines, mais elles n’ont jamais été réellement explorées chez un public d’haltérophiles.

Existe-t-il aujourd’hui des différences importantes entre ce que l’on observe sur le terrain et ce que la science permet de mesurer ?

Je pense que la principale différence entre le terrain et la recherche se situe au niveau des protocoles utilisés. Dans la littérature scientifique, les protocoles sont souvent très rigoureux, mais ils peuvent aussi être coûteux en temps, en matériel et/ou en énergie pour les athlètes et les membres du staff. L’un des objectifs de ma thèse est justement de faire le lien entre ces deux mondes : adapter des protocoles déjà validés scientifiquement pour qu’ils soient spécifiquement pertinents en haltérophilie, mais aussi suffisamment simples et rapides à mettre en œuvre au quotidien. L’enjeu est de conserver la rigueur scientifique tout en proposant des outils réellement utilisables sur le terrain.

 

Analyse biomécanique de l’arraché (Crédit photo : IA générative ChatGPT)

 

Plus largement, quelle place la science du sport doit-elle occuper dans la performance de haut niveau aujourd’hui ?

La science est aujourd’hui présente dans quasiment toutes les dimensions de l’entraînement, que ce soit sur la technique, le développement des qualités physiques ou encore la préparation mentale. Toutefois, il est important de garder à l’esprit que nous ne sommes pas capables de mesurer l’ensemble des facteurs qui influencent la performance, notamment tout ce qui relève de l’environnement familial, social ou scolaire, ainsi que nombreux aspects de l’entraînement lui-même.

Il est donc essentiel de conserver une utilisation cohérente et raisonnée de ces outils scientifiques. Au-delà de la collecte et de l’analyse des données, une grande partie du travail consiste surtout à les interpréter correctement, c’est-à-dire à être juste dans ce que l’on pense qu’elles reflètent réellement de la performance.

Qu’est-ce qui t’enthousiasme le plus dans cette aventure scientifique et humaine ?

Sur le plan scientifique, il reste encore énormément de choses à explorer, ce qui rend le travail particulièrement stimulant. C’est d’autant plus vrai dans un sport comme l’haltérophilie, qui reste relativement peu étudié par rapport à d’autres. Sur le plan humain, le fait d’évoluer au quotidien avec un groupe d’athlètes et d’entraîneurs permet de vivre de fortes émotions. Être entouré de personnes qui visent la performance, et pour lesquelles on souhaite sincèrement la réussite, ça motive énormément !

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