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Haltérophilie – Musculation – Santé & Handicap

L’haltérophilie adaptée dans la sclérose en plaques : intérêts, adaptations et limites

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie inflammatoire, démyélinisante et neurodégénérative du système nerveux central. Les symptômes sont très variables : faiblesse musculaire, fatigue, troubles de l’équilibre, spasticité, atteintes de la coordination ou difficultés cognitives peuvent fortement perturber les capacités fonctionnelles et l’autonomie.

Au-delà des atteintes neurologiques elles-mêmes, la SEP entraîne souvent une réduction progressive du niveau d’activité physique. La fatigue, les difficultés motrices ou la peur de la chute favorisent l’installation d’un déconditionnement musculaire et cardio-respiratoire.

Aujourd’hui, l’activité physique est reconnue comme une composante importante de la prise en charge de la SEP. Les recommandations actuelles soulignent ses effets bénéfiques sur la condition physique, la fatigue et la qualité de vie, à condition que la pratique soit adaptée aux capacités des patients.

Dans ce contexte, le renforcement musculaire occupe une place importante. Toutefois, dans la SEP, les limitations ne concernent pas uniquement la force. Elles touchent également le contrôle moteur, la coordination, l’équilibre, la stabilité posturale et la gestion de l’effort.

Pourquoi s’intéresser aux mouvements issus de l’haltérophilie ?

L’haltérophilie est souvent associée à la performance sportive. Pourtant, certains mouvements issus de son répertoire gestuel peuvent également être utilisés dans une logique de réadaptation et d’activité physique adaptée.

Ces mouvements sollicitent en effet simultanément plusieurs composantes du mouvement humain : production de force, coordination entre les segments corporels, contrôle postural, équilibre et transfert de force entre les membres inférieurs, le tronc et les membres supérieurs.

Or, ces exigences se rapprochent de nombreuses situations rencontrées dans la vie quotidienne : se relever, porter un objet, stabiliser le tronc ou changer rapidement d’appui. Dans ces circonstances, certains mouvements polyarticulaires peuvent donc constituer des supports intéressants de sollicitation motrice et fonctionnelle.

Une approche fonctionnelle et adaptable

Le matériel utilisé peut également être adapté :

  • bâtons
  • haltères légers
  • kettlebells
  • élastiques
  • medecine balls
  • boxes ou supports fixes

Exemples :

Lors d’un squat clavicule, l’utilisation d’une box peut permettre de réduire les contraintes d’équilibre tout en conservant la logique générale du mouvement. Chez certains pratiquants présentant une fatigabilité importante, la charge peut être remplacée par un bâton afin de sécuriser le geste. Chez les personnes présentant une spasticité importante, un travail lent et contrôlé peut permettre de limiter certaines co-contractions involontaires.

Endurance, fatigue, qualité du mouvement et sécurité

Le travail d’endurance occupe une place importante en raison de ses effets bénéfiques sur le déconditionnement physique, la fatigabilité et certains mécanismes impliqués dans la physiopathologie de la maladie. Cependant, les mouvements issus du répertoire haltérophile sont des gestes polyarticulaires exigeants, nécessitant un niveau élevé de concentration, de coordination et de contrôle moteur. Une fatigue excessive peut rapidement entraîner une dégradation du mouvement, des compensations techniques ou une augmentation du risque de chute.

L’encadrant doit donc rechercher en permanence un équilibre entre quantité de travail et qualité d’exécution. L’objectif n’est pas de corriger en permanence chaque détail du geste, mais de permettre au pratiquant d’explorer progressivement différentes solutions motrices, tant que la sécurité et les objectifs du mouvement restent respectés. Mais dès lors qu’une altération importante de la qualité gestuelle apparaît, l’exercice doit être interrompu ou adapté.

Enfin, chez les personnes atteintes de SEP, une surcharge d’informations techniques peut également majorer la fatigabilité cognitive et perturber le contrôle moteur. Les consignes doivent donc rester simples et adaptées aux capacités du pratiquant.

Limites et précautions

L’utilisation des mouvements issus du répertoire haltérophile dans la SEP ouvre donc des perspectives intéressantes en activité physique adaptée et en réadaptation neurologique. Cependant, plusieurs limites doivent être rappelées.

À ce jour, les données scientifiques spécifiques concernant l’utilisation de ces mouvements dans la SEP restent limitées. Les connaissances disponibles reposent principalement sur les effets généraux du renforcement musculaire et des exercices fonctionnels.

Par ailleurs, ces exercices ne sont pas adaptés à tous les profils. Les troubles sévères de l’équilibre, certaines formes de spasticité ou une fatigabilité importante peuvent rendre certains mouvements complexes difficiles, voire inappropriés. Une évaluation préalable et une prise en charge complémentaire par les professionnels de santé impliqués dans la rééducation neurologique (médecins de Médecine Physique et de Réadaptation, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, enseignants en APA, psychomotriciens…) sont alors nécessaires afin d’adapter les objectifs, les contraintes du mouvement et le niveau de sécurisation de la pratique.

Cette approche nécessite donc un encadrement formé à l’adaptation des exercices physiques, aux spécificités neurologiques de la SEP et à la gestion de la fatigue et de la sécurité.

Conclusion

Les mouvements inspirés de l’haltérophilie ne constituent pas une finalité sportive dans la prise en charge de la sclérose en plaques. Adaptés aux capacités du pratiquant, ils peuvent cependant devenir des supports intéressants de travail du contrôle moteur, de la coordination, de l’équilibre et du maintien des capacités fonctionnelles.

Cette approche souligne également qu’un mouvement complexe n’est pas nécessairement inaccessible lorsqu’il est simplifié, sécurisé et individualisé. Elle ouvre ainsi des perspectives intéressantes pour le développement d’une activité physique adaptée plus variée, plus fonctionnelle et plus inclusive au sein des structures sportives et associatives.

Afin d’accompagner le développement de ces pratiques, la FFHM propose la formation Coach Muscu Santé, dédiée à la musculation et à l’haltérophilie santé. Reconnue par le CNOSF et intégrée dans le cadre du sport sur ordonnance, cette formation permet d’acquérir des compétences concrètes pour encadrer des publics aux besoins spécifiques, adapter les exercices et construire des séances sécurisées, progressives et individualisées.

La prochaine session de formation Coach Muscu Santé organisée à Bias les 20 et 21 juin 2026 s’inscrira pleinement dans cette dynamique, avec un travail autour de l’adaptation des exercices de musculation et des mouvements inspirés de l’haltérophilie auprès de publics atteints de pathologies chroniques et neurologiques.

 

Formation Coach Muscu Santé à l’INSEP (Crédit photo : FFHM)

 

Pour accéder à la version complète et approfondie de l’article, cliquez ici.

Auteur :

Stéphane PIN

  • Président du club Halte-Santé47 d’Haltérophilie Musculation
    • EAPAS SMR neurologique, Centre Hospitalier Agen-Nérac (47)
    • DU Sclérose en Plaques : création et organisation du parcours de santé personnalisé
    • DU activités physiques et maladies chroniques
    • DU appropriation des méthodologies de recherche clinique appliquées à la rééducation
    • DEJEPS HMFA
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