Journée Mondiale de lutte contre l’obésité : Le muscle, un allié concret contre l’obésité
Auteurs : Aurélien BERRIOT (Conseiller Technique National FFHM Sport-Santé, Musculation et Handicap) et le Dr Alain RENAULT (médecin du sport, ancien CTR et président de ligue, ancien haltérophile de haut niveau).
À l’occasion de la Journée Mondiale de lutte contre l’obésité, la Fédération Française d’Haltérophilie – Musculation souhaite rappeler une réalité essentielle : l’obésité n’est pas simplement une question de volonté. Il s’agit d’une maladie chronique, multifactorielle, influencée par des déterminants biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux.
Pourquoi et comment l’haltérophilie – musculation peut changer la donne en club ?

L’Organisation mondiale de la Santé définit le surpoids et l’obésité comme une accumulation anormale ou excessive de graisse présentant un risque pour la santé. Chez l’adulte, un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 30 correspond à une situation d’obésité.
En France, les données récentes issues de l’enquête OFÉO 2024 estiment que près d’un adulte sur deux est en situation de surpoids ou d’obésité, soit 48,8 % de la population, et qu’environ 18,1 % des adultes sont concernés par l’obésité.
Dans ce contexte, diffuser des connaissances fiables est indispensable. Toutefois, l’enjeu principal pour nos clubs est de transformer ces connaissances en actions concrètes, accessibles, progressives et durables. Le sport-santé ne se limite pas à un discours. Il se construit sur le plateau, au contact des pratiquants, semaine après semaine.
C’est précisément dans cette perspective que la Fédération Française d’Haltérophilie – Musculation dispose d’un levier fort. Nos disciplines, lorsqu’elles sont encadrées avec rigueur, sont des disciplines fondées sur la progressivité, l’adaptation individuelle et l’évaluation mesurable des progrès.
Ce que dit la science sur nos disciplines
Les données scientifiques disponibles montrent que l’entraînement en force ne se limite pas à un objectif esthétique. Il agit sur des paramètres centraux dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité : la composition corporelle, la masse maigre, la graisse viscérale, la sensibilité à l’insuline, la capacité fonctionnelle et l’adhésion à long terme à la pratique.
Les recommandations internationales de 2020 de l’Organisation mondiale de la Santé incluent explicitement les activités de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine chez l’adulte, en complément de l’activité d’endurance. En France, la Haute Autorité de Santé souligne également l’intérêt d’intégrer régulièrement du renforcement musculaire dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité.
Plusieurs méta-analyses confirment que l’entraînement en résistance permet de réduire la masse grasse, le pourcentage de masse grasse et la graisse viscérale chez l’adulte. Les effets peuvent paraître modérés à l’échelle individuelle, mais ils sont constants et significatifs à l’échelle des populations.
Chez les personnes en situation de surpoids ou d’obésité, les programmes combinant restriction calorique et musculation montrent un bénéfice particulier sur la préservation de la masse maigre. La musculation contribue ainsi à améliorer la qualité de la perte de poids, en limitant la diminution de la masse musculaire.
Chez les adolescents : un levier d’adhésion et de santé métabolique
Les travaux relayés par la fiche scientifique Kino-Québec n°00478, fondée sur l’étude publiée dans Diabetes en 2012, montrent qu’un programme de musculation réalisé trois fois par semaine pendant trois mois améliore la composition corporelle et réduit la graisse viscérale chez des adolescents obèses, même sans restriction calorique.
L’amélioration de la sensibilité à l’insuline est plus importante dans le groupe musculation que dans le groupe aérobie. Par ailleurs, la musculation est perçue comme plus plaisante par les jeunes participants, ce qui favorise la fidélisation. Pour les clubs, cet élément est déterminant : l’efficacité d’un programme repose aussi sur l’adhésion.
Les programmes mixtes et la capacité fonctionnelle
Des études menées chez des adultes en situation d’obésité montrent que des programmes structurés associant endurance, renforcement musculaire et éducation nutritionnelle améliorent fortement la capacité fonctionnelle, l’aptitude aérobie, la force musculaire et la masse maigre.
Ce résultat rappelle un point essentiel pour les clubs : l’objectif ne se résume pas à une perte de poids. Il s’agit aussi de permettre aux personnes de retrouver des capacités, de marcher plus facilement, de moins s’essouffler, de gagner en force et en confiance dans les gestes du quotidien.
L’apport de l’article d’Alain RENAULT
L’article « Obésité et mesures de prévention », rédigé par Alain RENAULT, Professeur d’EPS, médecin du sport et de rééducation fonctionnelle, ancien haltérophile national, ancien CTR, président de club et de ligue, élu fédéral, médecin fédéral, champion et recordman de France Master 75, apporte un éclairage particulièrement structurant.
Il rappelle d’abord les repères de classification de l’obésité fondés sur l’indice de masse corporelle et précise l’importance d’une évaluation plus large intégrant les comorbidités, le retentissement fonctionnel et psychologique ainsi que la trajectoire pondérale. Cette approche rejoint les recommandations actuelles de la Haute Autorité de Santé.
Il souligne également que la prévention et la prise en charge sont d’autant plus efficaces qu’elles sont précoces et structurées, associant règles diététiques équilibrées, activité physique régulière et travail musculaire. Le muscle est présenté non seulement comme un outil de force, mais comme un organe métabolique actif. Les contractions musculaires libèrent des médiateurs biologiques, appelés myokines, qui participent à la régulation du métabolisme et au dialogue entre les organes.
Cliquez ici pour découvrir la totalité de l’article d’Alain RENAULT.
Passer de la connaissance à l’action en club
La question centrale pour nos structures est simple : comment accueillir et accompagner concrètement une personne en situation d’obésité ?
L’objectif n’est ni de médicaliser le club ni de se substituer aux professionnels de santé. Il s’agit de proposer un cadre sécurisant, progressif et lisible. L’accueil constitue une étape déterminante. Il convient d’adopter une approche respectueuse, centrée sur la santé, la progression et la capacité fonctionnelle, sans jugement sur le poids. Un bilan d’entrée peut rester simple et pragmatique : niveau d’essoufflement, douleurs éventuelles, antécédents déclarés, habitudes d’activité, objectifs personnels et contraintes de disponibilité. Si nécessaire, un échange avec le médecin traitant peut être encouragé.
La mise en place de créneaux identifiés, avec un groupe stable et un contenu structuré, favorise la régularité. Un cycle de huit semaines, à raison de deux séances hebdomadaires d’environ une heure, peut constituer une base efficace. Chaque séance peut comprendre une phase de mise en route, un temps principal de renforcement adapté et un retour au calme intégrant respiration et échanges sur le ressenti.
Le programme fédéral « Poids de Forme »
La Fédération Française d’Haltérophilie – Musculation a développé le programme « Poids de Forme » afin d’accompagner les clubs dans la prévention et l’amélioration des situations de surpoids et d’obésité. Ce programme s’inscrit pleinement dans la stratégie fédérale sport-santé.
Il propose un cadre structuré, des outils pédagogiques et des repères méthodologiques pour aider les clubs à construire une offre adaptée, progressive et sécurisée. Il valorise la régularité de la pratique, la progressivité des charges, l’individualisation et le suivi des progrès.
À travers « Poids de Forme », la FFHM affirme que l’haltérophilie – musculation n’est pas seulement une discipline de performance, mais également un outil de santé publique au service des territoires.
Cliquez ici pour avoir accès au programme.
S’inscrire dans l’écosystème sport-santé
Les Maisons Sport-Santé, soutenues par le ministère de la Santé, constituent des partenaires naturels pour les clubs. Elles peuvent orienter les pratiquants, sécuriser les parcours et favoriser la coopération entre acteurs. S’inscrire dans cette dynamique renforce la crédibilité et l’impact des actions menées localement.
Conclusion

L’haltérophilie-musculation occupe une place centrale dans la lutte contre l’obésité. Elle agit sur des déterminants majeurs de santé tels que la masse maigre, la force, la capacité fonctionnelle, la sensibilité à l’insuline et la graisse viscérale. Elle favorise également l’adhésion à long terme grâce à la progressivité et à la visibilité des progrès.
Pour les clubs, l’enjeu est clair. Il s’agit de proposer un parcours structuré, bienveillant et cohérent avec les recommandations de santé publique, en s’appuyant sur les outils fédéraux existants.
Construire du muscle, c’est aussi construire de la santé.
Sources :
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- Haute Autorité de Santé. Référentiel de prescription d’activité physique et sportive – surpoids et obésité de l’adulte. 2022.
- Institute for Health Metrics and Evaluation. Projections mondiales sur l’évolution du surpoids et de l’obésité à l’horizon 2050 (publication dans The Lancet).
- Kino-Québec. Fiche d’information scientifique n°00478. Adolescents obèses : effets d’un programme d’activités aérobies et de musculation.
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