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Haltérophilie – Musculation – Santé & Handicap

Commission Haltérophilie – Musculation – Santé et Handicap : Haltérophilie et musculation face au cancer, le renforcement musculaire au service de la santé et des clubs

Auteur : Aurélien Berriot (Conseiller Technique National FFHM Sport-Santé, Musculation et Handicap)

 

Dans le prolongement de la Journée mondiale contre le cancer du 4 février, revenons sur un enjeu central : la place de la musculation et de l’haltérophilie adaptée dans le parcours de santé des personnes touchées par la maladie.

Quand une personne traverse un cancer, ou qu’elle en sort, l’objectif n’est pas seulement de « reprendre du sport ». Il s’agit souvent de retrouver de l’énergie, de la force, de l’autonomie, et de reprendre confiance dans son corps. Dans ce contexte, la musculation et l’haltérophilie ont un avantage majeur : elles permettent une progression très précise, individualisée, et mesurable. À la FFHM, nous croyons beaucoup à la diffusion de connaissances fiables. Mais notre priorité reste la même : faire vivre le sport santé dans les clubs, de manière concrète, encadrée, et durable. C’est là que tout se joue : dans l’accueil, l’encadrement, l’organisation, et le lien avec les acteurs de santé.

Quand le muscle devient un allié dans le parcours cancer

Les chiffres rappellent l’enjeu de santé publique : en France, l’Inserm estime qu’environ 3 000 nouveaux cas de cancer chaque année seraient liés à un manque d’activité physique. Au-delà de la prévention, les données montrent également que, pour certains cancers comme le cancer du sein, pratiquer une activité physique après un diagnostic est associé à une meilleure survie, avec des réductions de mortalité observées dans plusieurs études. L’activité physique ne relève donc plus du simple confort : elle s’inscrit pleinement dans le parcours de santé.

Mais si l’activité physique au sens large est importante, le renforcement musculaire mérite aujourd’hui une attention particulière. Les traitements, l’inactivité prolongée et la fatigue peuvent entraîner une perte de masse et de force musculaires, avec des conséquences directes sur l’autonomie, la tolérance aux soins et la qualité de vie. L’Inserm souligne d’ailleurs que les effets bénéfiques de l’exercice passent aussi par le muscle lui-même, notamment via la composition corporelle, la lutte contre le déconditionnement et les mécanismes biologiques liés à l’activité musculaire. Cela donne tout son sens à une approche structurée autour du travail de force.

Pour aller plus loin, le docteur Claude Guérin a récemment proposé deux documents de synthèse apportant un éclairage complémentaire sur ces enjeux. Le premier revient sur un essai randomisé de haut niveau de preuve mené chez des personnes atteintes d’un cancer colorectal, montrant qu’un programme d’activité physique structurée, incluant du renforcement musculaire, améliore significativement certains indicateurs du parcours de soins et de rémission. Vous pouvez le retrouvez en cliquant ici.

Le second présente une vaste étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine (Bettariga et coll., 2025), qui met en évidence le rôle déterminant de la force musculaire dans le pronostic des patients atteints de cancer : un niveau élevé de force est associé à une réduction significative du risque de mortalité. Pour plus d’informations, cliquez ici.

Ensemble, ces analyses soulignent que le muscle n’est pas seulement un support de mouvement, mais un véritable levier de santé. Cette approche n’est pas nouvelle. Dès 2009, un document de référence international (Hayes et coll.) rappelait que l’exercice physique, lorsqu’il est adapté, est associé à des bénéfices physiques et psychologiques chez les personnes atteintes de cancer, en aidant notamment à mieux gérer la fatigue, les effets secondaires des traitements et le moral. Depuis, ces constats ont été renforcés par des travaux plus ciblés sur le renforcement musculaire. Une méta-analyse récente (Nascimento et coll., 2021) montre ainsi que les personnes déclarant pratiquer des exercices de renforcement présentent un risque de mortalité par cancer plus faible, avec des effets encore plus favorables lorsque le renforcement est associé à une activité d’endurance.

Surtout, il ne s’agit pas d’une pratique laissée au hasard. Une autre méta-analyse (Koeppel et coll., 2021) met en évidence que l’entraînement en résistance supervisé permet de limiter la perte de masse maigre chez les patients ou survivants du cancer, un enjeu central pour préserver les capacités fonctionnelles. Sur un point longtemps sensible, les données ont également fait évoluer les représentations. Dans le cancer du sein, un essai contrôlé randomisé publié dans le New England Journal of Medicine (Schmitz et coll., 2009) a montré qu’une musculation progressive et encadrée, y compris avec charges, n’aggravait pas le lymphœdème et pouvait même réduire les aggravations, tout en améliorant la force.

La musculation et l’haltérophilie, lorsqu’elles sont adaptées, reposent précisément sur ce dont les personnes ont besoin dans ce contexte : technicité, progressivité, contrôle et suivi. C’est tout le sens du sport santé en club : transformer des preuves scientifiques solides en pratiques concrètes, sécurisées et durables, au service des pratiquants et de leur parcours de santé. Notre lecture, côté fédération, est donc pragmatique : la question n’est plus « est-ce que c’est utile ? » mais « comment l’organiser correctement dans les clubs ? ». Et c’est précisément le rôle de l’haltérophilie et de la musculation santé.

 

Journée portes ouvertes au CHCD Comines pour recueillir des bénéfices pour Octobre Rose.

 

Passer à l’action : ce que les clubs peuvent faire

Pour qu’un club FFHM devienne un vrai point d’appui pour les personnes touchées par un cancer, il faut avant tout rassurer, structurer, et tenir dans la durée. Voici une approche réaliste, compatible avec une vie associative.

1-Proposer un cadre d’accueil clair

Avant même de parler des exercices, le plus important est de poser un cadre rassurant. Pour une personne touchée par un cancer, venir dans un club peut être intimidant. Un accueil clair et structuré fait souvent toute la différence, car il montre que la pratique est pensée pour elle, et qu’elle sera accompagnée.

  • Un créneau identifié « sport santé ».
  • Un échange d’entrée (objectifs, traitements, fatigue, douleurs, appréhensions).
  • De la communication : quelques lignes sur votre site ou vos réseaux suffisent souvent à rassurer et à donner envie de franchir le pas.
  • Une règle d’or : progression graduelle, pas de logique performance.

Dans ce cadre, la formation fédérale Coach Musculation Santé (CMS) est un véritable point d’appui : elle donne des repères pour organiser l’accueil et encadrer en sécurité des publics présentant des pathologies, dont le cancer.

De plus, certains outils et ressources numériques peuvent accompagner les personnes pendant et après les traitements contre le cancer. Ils proposent des conseils pratiques, des témoignages et des reportages pour encourager la pratique d’une activité physique adaptée et contribuer à l’amélioration de la qualité de vie. À titre d’exemple : https://biogaran.fr/nos-initiatives/contre-le-cancer-on-fait-equipe/mieux-dans-mes-baskets

2-Adapter la pratique sans renier nos disciplines

Adapter ne veut pas dire « faire autre chose ». Au contraire, nos disciplines sont particulièrement pertinentes car elles permettent de progresser par étapes, avec précision, et en gardant le contrôle.

L’idée est simple : remettre le corps en mouvement, reconstruire les bases, puis renforcer progressivement. Là aussi, la formation CMS donne une méthode et des repères concrets pour individualiser l’intensité, surveiller la tolérance à l’effort et faire évoluer les contenus de séance de manière progressive. Priorité à la technique, l’amplitude, le contrôle, la respiration.

  • Charges légères au départ, montée progressive (semaine après semaine).
  • Travail global : jambes, dos, poussée, tirage, gainage.
  • Haltérophilie possible sous forme « éducative » : positions, tirages légers, travail au bâton, kettlebell… plutôt qu’objectifs de charge.

3-S’appuyer sur des partenaires pour aller plus loin

La formation CMS permet déjà d’encadrer des personnes vivant avec des pathologies comme le cancer. Les partenariats, eux, servent surtout à aller plus loin : s’inscrire dans un parcours de reprise d’activité, faciliter l’orientation des pratiquants, et créer des passerelles durables entre le monde de la santé et le monde fédéral. Ces liens rassurent les pratiquants et permettent au club de mieux répondre à certaines situations (traitements, fatigue marquée, contraintes médicales, reprise progressive). Par exemple :

  • Une relation avec une Maison Sport-Santé ou un réseau local.
  • Un contact identifié (APA, kiné, médecin) pour orienter et ajuster au besoin.
  • Un partenariat avec un service de cancérologie (ou une association type sport-cancer) pour créer un flux d’orientation et des actions communes.

4-Octobre Rose 2025 : quand la communication crée l’élan

Octobre Rose est un exemple concret de mobilisation utile : ça crée du collectif, de la visibilité locale, et souvent une première porte d’entrée vers le sport santé. En 2025, de nombreux clubs FFHM ont mené des actions (portes ouvertes, séances “rose”, challenges solidaires, initiations accessibles, marches, collectes), montrant une solidarité forte et une capacité à rassembler largement autour de nos disciplines. Nous tenons à féliciter chaleureusement tous les clubs engagés : ces actions font bouger les lignes et donnent du sens. Cliquez ici pour découvrir l’article.

 

Tombola caritative de l’US Wittenheim au profil de la Ligue contre le cancer

 

Et la suite : renforcer la formation

Dans cette dynamique, nous souhaitons aller plus loin en travaillant à la création d’un module spécifique « lutte contre le cancer », intégré au parcours Coach Musculation Santé.

L’objectif est clair : donner aux encadrants des repères pratiques supplémentaires (adaptations de la pratique, progressions, signaux d’alerte, cadre de collaboration avec les acteurs de santé) afin que toujours plus de clubs puissent accueillir ces publics en sécurité, en confiance, et avec une qualité d’accompagnement homogène sur l’ensemble du territoire.

Si votre club propose déjà des créneaux dédiés à la musculation et/ou à l’haltérophilie à destination de personnes touchées par un cancer, n’hésitez pas à en faire part à la fédération et à contacter le référent sport santé : aberriot@ffhaltero.fr.

Cette dynamique s’inscrit pleinement dans les actions portées par la FFHM autour de l’Haltérophilie, de la Musculation, de la Santé et du Handicap. Une rubrique dédiée rassemble l’ensemble des contenus fédéraux existants : formations, ressources, retours d’expériences et actions menées sur le territoire. Ces éléments sont accessibles dans la rubrique Haltérophilie – Musculation – Santé & Handicap de la FFHM.

 

Sources :

Hayes SC, Spence RR, Galvão DA, Newton RU. (2009).
Australian Association for Exercise and Sport Science position stand: Optimising cancer outcomes through exercise.
Journal of Science and Medicine in Sport, 12(4), 428–434.

Nascimento W, Ferrari G, Martins CB, et coll. (2021).
Muscle-strengthening activities and cancer mortality: a systematic review and meta-analysis.
International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity (IJBNPA), 18: 69.

Schmitz KH, Ahmed RL, Troxel A, et coll. (2009).
Weight lifting in women with breast-cancer–related lymphedema.
New England Journal of Medicine, 361(7), 664–673.

Koeppel M, Sieswerda E, Courneya KS, et coll. (2021).
Resistance training and lean body mass in cancer patients and survivors: a systematic review and meta-analysis.
Supportive Care in Cancer.

Inserm – Canal Détox.
Faire de l’activité physique pour lutter contre le cancer : vraiment ?
Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

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