Commission Haltérophilie – Musculation – Santé et handicap : des leviers concrets pour faire évoluer les pratiques du sport féminin
Auteurs : Aurélien BERRIOT (Conseiller Technique National FFHM Sport-Santé, Musculation et Handicap) et le Dr Alain RENAULT (médecin du sport, ancien CTR et président de ligue, ancien haltérophile de haut niveau).
À l’occasion de la Journée internationale du sport féminin du 24 janvier 2026, il est essentiel de rappeler une réalité encore trop souvent observée : malgré une progression constante des performances, la place des femmes dans le sport demeure marquée par de fortes inégalités.
Accès à la pratique, reconnaissance, médiatisation, légitimité dans certaines disciplines… les freins sont nombreux et parfois invisibles. Les stéréotypes persistent, en particulier autour des sports dits « de force ». On entend encore que la musculation « rend les femmes trop musclées » ou que l’haltérophilie ne serait pas adaptée à un corps jugé « trop fragile ». Pourtant, ces idées reçues ne résistent ni aux données scientifiques, ni à l’expérience du terrain. Chaque année, de plus en plus de femmes s’engagent dans nos disciplines et y trouvent des bénéfices concrets pour leur santé, leur bien-être et leur confiance. C’est dans cette dynamique que s’inscrivent les actions portées par la Fédération Française d’Haltérophilie – Musculation et l’ensemble de son réseau : identifier les freins, puis y répondre par des leviers simples, concrets et durables.
Les inégalités ne naissent pas sur les plateaux d’entraînement, elles s’installent bien plus tôt. Aujourd’hui encore, 38 % des femmes déclarent ne pas pratiquer de sport ou très rarement, un chiffre qui s’explique en partie par une moindre incitation dès l’enfance. 51 % des femmes disent avoir été encouragées à faire du sport, contre 65 % des hommes. Si cet écart tend à se réduire chez les plus jeunes générations, signe d’une évolution progressive des mentalités, il continue de produire des effets durables sur la confiance, l’engagement et la persévérance dans la pratique. À ces différences s’ajoutent des représentations encore bien ancrées. Haltérophilie et musculation restent parfois perçues comme des disciplines masculines, alors même qu’elles constituent des outils particulièrement pertinents pour la santé, la prévention et le bien-être des femmes, sans transformation corporelle excessive. Ce décalage constitue un véritable enjeu de pédagogie et de communication, aussi bien pour la fédération que pour les clubs.


Arbitres récemment reçues au niveau national et régional (Crédit photo : FFHM).
Ce constat est renforcé par une visibilité médiatique encore insuffisante. Lors des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, seulement 37 % du temps de retransmission concernait des épreuves féminines, contre 56 % pour les hommes. Si ce chiffre marque une progression par rapport aux années précédentes, il souligne surtout le retard pris en dehors des grandes compétitions internationales. Moins visibles, les sportives attirent moins de reconnaissance, moins de partenaires économiques et offrent moins de modèles d’identification pour les jeunes filles. Ce manque de visibilité entretient un cercle vicieux : moins de médiatisation, moins de valorisation, et donc moins d’engagement durable dans la pratique.
Ce constat est renforcé par une visibilité médiatique encore insuffisante. Lors des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, seulement 37 % du temps de retransmission concernait des épreuves féminines, contre 56 % pour les hommes. Si ce chiffre marque une progression par rapport aux années précédentes, il souligne surtout le retard pris en dehors des grandes compétitions internationales. Moins visibles, les sportives attirent moins de reconnaissance, moins de partenaires économiques et offrent moins de modèles d’identification pour les jeunes filles. Ce manque de visibilité entretient un cercle vicieux : moins de médiatisation, moins de valorisation, et donc moins d’engagement durable dans la pratique.

Maëlyn MICHEL (Caen CHM / Pôle INSEP) en compétition internationale et avec ses médailles obtenues aux Championnats d’Europe U20-U23 à Dürres (ALB)
À ces freins culturels s’ajoutent des contraintes très concrètes. 26 % des femmes évoquent le manque de temps, lié aux obligations professionnelles, familiales ou domestiques, et la pratique sportive régulière reste légèrement inférieure à celle des hommes (56 % contre 60 %). Pourtant, les motivations sont bien identifiées. 64 % des femmes pratiquent avant tout pour préserver leur santé, 40 % pour améliorer leur bien-être mental, 40 % pour évacuer le stress, 32 % pour se sentir mieux dans leur corps et 21 % pour le plaisir. Ces chiffres rappellent une chose essentielle : pour une majorité de pratiquantes, la compétition n’est pas l’objectif premier. Cela n’exclut pas la performance, mais souligne l’importance de proposer des formats variés, accessibles et adaptés aux attentes de chacune.
Face à ces constats, la FFHM agit de manière volontaire et structurée. Elle soutient et organise des événements valorisant pleinement la pratique féminine, comme le Tournoi International Féminin de Lyon, les Muscu Challenges mixtes ou les actions « HALTÉROSE » menées pendant Octobre Rose, qui permettent de rendre visibles les sportives, de casser les codes et de créer des temps forts fédérateurs. La fédération veille également à une représentation plus équilibrée des athlètes féminines sur ses supports de communication et ses réseaux sociaux. Sur le terrain, les clubs disposent de leviers simples mais puissants : former et promouvoir des dirigeantes ou coachs féminines, proposer des créneaux identifiés, rassurants et adaptés aux publics féminins, développer des offres loisirs en haltérophilie et musculation, encourager les licences familiales, et surtout mettre en lumière les pratiquantes et sportives de leurs structures. En rendant nos disciplines plus visibles, plus accessibles et mieux adaptées aux réalités de vie, nous créons les conditions d’une pratique choisie, durable et épanouissante.

Diverses actions de club FFHM lors d’Octobre Rose – Article FFHM
Au-delà des enjeux de visibilité et d’accès à la pratique, l’haltérophilie et la musculation présentent surtout des bénéfices majeurs et scientifiquement établis pour la santé des femmes, à tous les âges de la vie. Contrairement aux préjugés, l’entraînement en musculation ou en haltérophilie renforce durablement le tonus musculaire, améliore la densité osseuse, est un enjeu central dans la prévention de l’ostéoporose et favorise un métabolisme plus efficace, utile dans la prévention du diabète et la gestion du poids par exemple. Durant la grossesse et après l’accouchement, lorsqu’elle est encadrée, la musculation contribue à améliorer la posture, limiter les douleurs et faciliter le retour à l’activité physique. Elle joue également un rôle clé lors de la ménopause, période marquée par une accélération de la perte osseuse, en permettant de préserver force, mobilité et autonomie.
Sur le plan hormonal, les effets sont tout aussi significatifs. Une activité musculaire régulière stimule la production de testostérone, hormone naturellement présente chez les femmes, ainsi que d’autres facteurs de croissance, contribuant à l’énergie, à la solidité osseuse et à la vitalité générale. Le sport favorise également la libération de sérotonine, souvent appelée « hormone du bonheur », améliorant l’humeur, le sommeil et la gestion du stress. Ces mécanismes expliquent en partie pourquoi l’activité physique agit comme un véritable régulateur naturel du bien-être mental. Comme le rappelle le Dr Alain Renault, médecin du sport, l’exercice musculaire participe à l’équilibre du système endocrinien et à la réduction des états inflammatoires. Pour approfondir ces aspects, son article « Hormones du désir et santé » est accessible en cliquant ici.
Les bénéfices ne sont pas uniquement physiologiques. Sur le plan psychologique, la pratique régulière renforce l’estime de soi, améliore l’image corporelle et développe un sentiment de compétence durable. En musculation comme en haltérophilie, de nombreuses pratiquantes témoignent d’un gain de confiance marqué : progresser, maîtriser des gestes techniques, constater ses propres capacités nourrit un sentiment de puissance personnelle et d’autonomie qui dépasse largement le cadre sportif.
Tous ces constats soulignent l’importance d’agir collectivement et localement. La FFHM s’inscrit pleinement dans cette dynamique, avec une féminisation des licences atteignant 43 % en 2024/2025, en progression constante. Les ligues, comités et clubs sont des relais essentiels de cette politique. Former des encadrantes et dirigeantes, communiquer activement sur les bienfaits du sport pour les femmes, proposer des créneaux adaptés et accessibles, valoriser les pratiquantes au sein des structures ou encore s’engager dans des actions solidaires sont autant de leviers à la portée de chacun.

Pratiquantes, bénévoles, encadrantes : les femmes sont au cœur de la vie associative des clubs FFHM.
Articles sur les journées Internationale du bénévolat et des droits des Femmes (Ema, CHM Saleux / Nathalie GARET, La Gauloise de Vaise)
Dans cette continuité, le 11e Tournoi International Féminin d’Haltérophilie de Lyon 2026 (13 et 14 février 2026) sera également un temps fort pour le sport féminin. En partenariat avec la FFHM, un colloque inédit se tiendra le vendredi 13 février (18h–20h, horaires à confirmer) autour du thème « Performance au féminin : comprendre pour mieux accompagner », avec des interventions d’experts en gynécologie, médecine du sport, kinésithérapie, nutrition, ainsi qu’un focus porté par un entraîneur de l’Équipe de France. Une communication dédiée sera prochainement diffusée, les places étant limitées.
En ce jour de mobilisation, le message est clair : défendre le sport des femmes, c’est faire avancer toute la société vers plus d’égalité et de bien-être. L’haltérophilie et la musculation s’adaptent à toutes et constituent des outils puissants de santé physique et mentale. Plus que jamais, saluons les parcours de nos athlètes, de nos entraîneuses, de nos dirigeantes et de toutes celles qui, chaque jour, démontrent que la force n’a pas de genre.
Dans cette logique, la FFHM met à disposition pendant un mois des contenus exclusifs dédiés à l’entraînement du public féminin, afin d’accompagner les clubs et les encadrants dans le développement de leurs compétences et de leurs projets. Rendez-vous sur Halter’Action pour y accéder en cliquant ici.
Vous y retrouverez également une rubrique dédiée aux programmes d’haltérophilie et de musculation santé, ainsi que des outils concrets d’accompagnement (affiches, exemples de mails, supports de communication) pour vous aider à développer le sport santé et favoriser l’inclusion de tous les publics au sein de vos clubs.

Sources :
- Arcom – La place des femmes dans les médias audiovisuels et numériques durant les Jeux de Paris 2024 (rapport, janv. 2025).
- The Media Leader (AFP) – L’Arcom plaide en faveur de davantage de sport féminin à la télé (23 janv. 2025).
- Oxfam France – Sport féminin : les inégalités persistent ! (sept. 2024).
- Observatoire des inégalités (INJEP/Crédoc) – Activités sportives : des pratiques inégales (mai 2025).
- AÉSIO (OpinionWay) – Prévention-santé : quelle place pour le sport dans la vie des femmes ? (23 janv. 2025).
- ParticipACTION – Santé féminine : 9 hormones liées au mouvement (blog, 2023).